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Cambodge : la pauvreté derrière les barreaux
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Source: http://www.droitshumains-geneve.info/Cambodge-la-pauvrete-derriere-les,3923
16-12-2008

La multiplication des évictions forcées a entraîné la surpopulation des prisons

En avril 2007, les forces de sécurité cambodgiennes ont expulsé de force la communauté de Mittapheap 4 et ont brûlé leurs maisons.

15 décembre 08 - SPECIAL 60ème - Exiguïté et surpopulation des cellules, malnutrition et absence de soins. Au Cambodge, les conditions carcérales sont déplorables. Et certains prisonniers se retrouvent incarcérés avec, pour tout délit, celui d’être pauvre et de résister aux évictions forcées dont ils sont l’objet.

Phnom Penh, Duong Sokha / Tribune des droits humains - En cette fin 2008, ils sont plus de 10’000 Cambodgiens à s’entasser dans les cellules du pays. Mal nourris, abandonnés à eux-mêmes sans soins médicaux, ils ne peuvent même pas avoir de l’eau potable. Une partie de ces prisonniers sont des pauvres qui, pour tout délit, ont refusé de quitter leur logis. Ils sont poursuivis pour « destruction de biens d’autrui, coups et blessures ou atteinte à la propriété privée », alors qu’ils ont tenté de s’opposer aux forces de l’ordre lors d’évictions de leur communauté pour nettoyer les villes.

Ces dernières années, la multiplication des expulsions forcées, qualifiées de violation courante des droits humains par les ONG locales et internationales, constituent un des fléaux les plus graves du pays. Des milliers de familles sont régulièrement chassées de chez elles pour laisser le terrain à des promoteurs ou des multinationales. Des méga-centres commerciaux ou de gigantesques casinos sont alors bâtis et ne profitent qu’à une toute petite minorité dans ce pays qui figure encore parmi l’un des plus défavorisés du monde.

Hem Chun, 47 ans, est journaliste et a passé deux ans en prison pour « destruction de bien d’autrui ». En réalité, ce Cambodgien est l’une des nombreuses victimes des évictions forcées. « J’ai été envoyé derrière les barreaux durant deux ans de ma vie alors que je suis innocent, raconte-t-il. J’ai juste défendu ma terre et décidé d’aller jusqu’au bout de ma cause. Je me suis retrouvé dans une cellule de 4x4m, qui contenait pas moins de dix prisonniers, raconte-t-il. Il n’y avait pas de ventilation, nous étouffions et nous étions tellement serrés que je ne pouvais que dormir sur le côté. »

« Du gravier dans notre riz »

Le gouvernement cambodgien fixe à 1’500 riels (0,30 Euros) les dépenses quotidiennes (nourriture, eau, électricité, vêtements, médicaments…) d’un détenu. Ce dernier reçoit 0.55 kg de riz par jour. « Ce n’est pas suffisant, poursuit Hem Chun. Nous devons compléter avec les paquets de nos familles. Durant une période, nous trouvions du gravier dans notre riz. Les soins médicaux se limitaient au Paracétamol. J’avais demandé à traiter une sinusite aiguë à l’extérieur, en vain ». En 2007, il y a eu 60 décès de prisonniers. De janvier à septembre 2008, le chiffre s’élève à 37.

La question foncière a été au cœur de la journée du 10 décembre célébrée par une coalition de 19 ONG locales. Celles-ci ont organisé une marche au centre de Phnom Penh, la capitale, à laquelle ont assisté quelque 2’000 membres de la société civile, diplomates, bonzes, étudiants et victimes des évictions. Tous portaient des T-shirts frappés du slogan « les droits de l’Homme : nos droits ». Sous surveillance des autorités, ils ont appelé avec insistance à la libération des personnes encore emprisonnées et que cessent les expulsions et arrestations liées aux litiges fonciers.

Une cinquantaine de personnes serait encore actuellement en prison pour avoir défendu leur terre dans le cadre de conflits fonciers.

Les droits bafoués

Kek Galabru, présidente de la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits humains (Licadho), n’hésite pas à critiquer ces mauvaises conditions de détention des prisonniers. « Pour savoir si un pays respecte ou pas les droits des détenus, il faut observer les établissements pénitenciers. Si les droits des détenus ne sont pas pris en considération, cela signifie que le pays n’entend pas respecter les droits humains », fait valoir la militante.

Samkol Sokhan, directeur général adjoint du département général des prisons, rattaché au ministère de l’Intérieur, ne voit pas les choses de cette manière. « C’est le maximum que l’Etat peut faire. Même nos gardiens des prisons ne gagnent que de 160’000 à 200’000 riels (30 à 37 Euros) par mois. Je conseille souvent à nos fonctionnaires de prendre soin des détenus et de veiller à respecter leurs droits », affirme le haut fonctionnaire, soulignant que les ministères de l’Intérieur et de la Santé se concentrent sur la question de médicaments. Il ajoute qu’un nouveau centre correctionnel devrait voir prochainement le jour en vue de parer à l’exiguïté des cellules.

 
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